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Une piste d'Orly réhabilitée en un temps record

| Chantier |

Grâce à des moyens exceptionnels, le chantier titanesque de la piste 3 de l'aéroport de Paris-Orly a pu être réalisé en seulement seize semaines.

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Pas moins de 150 engins ont été mobilisés, la plupart équipés de systèmes de guidage 3D. © Alain Leduc / ADP
Entre fin juillet et mi-novembre, le chantier de la piste 3 de l'aéroport de Paris-Orly, dans le Val-de-Marne, a donné lieu à un tour de force technique, logistique et environnemental. A la demande du groupe ADP, le groupement d'entreprises associant Colas Ile-de-France Normandie (mandataire), Colas Projects, Valérian, JDC Airports et Cegelec avait pour mission de réhabiliter et de reconstruire une piste de 3 km qui s'étend sur 185 000 m2. Pour ce poumon économique qui accueille sur quatre zones trente compagnies aériennes, 33 millions de passagers en moyenne par an et près de 627 vols par jour, le respect du timing était prioritaire. Les moyens employés ont été à la hauteur des enjeux de ce chantier de 80 millions d'euros, soit 1 million d'euros de production par jour.
 
Au plus fort des travaux, notamment au mois d'août, jusqu'à 800 personnes ont travaillé simultanément sur le site en trois-huit, et plus de 150 engins ont été mobilisés. Parmi eux, quatre fractionneuses, dont une venue spécialement des Etats-Unis, une trancheuse arrivée tout droit d'Angleterre, une carotteuse qui a fait le chemin depuis la Belgique… A côté des conventionnels tombereaux, compacteurs, finisseurs, chargeuses, raboteuses, etc., les bouteurs, pelles de 20 à 30 tonnes et niveleuses ont été équipés de systèmes de guidage 3D. Objectif : assurer une précision au millimètre et un rendement maximal.
 
 
La phase préparatoire s'est achevée à la fin juin 2019, date à laquelle les trois bases vie – soit 200 000 m2 d'installations de chantier – devaient être approvisionnées en équipements comme en fournitures. "Entre autres, nous nous sommes procuré 200 000 tonnes de granulats pour les enrobés, 350 km de fourreaux et 650 chambres de tirage de type RBE ou RBT. Cela fait quinze ans que je travaille en milieu aéroportuaire pour ADP, et c'est la première fois qu'un chantier de réhabilitation de piste prend cette envergure ! Avec, en prime, le challenge de faire plus court que les quatre mois de travaux annoncés", relève Cédric Pantel, directeur régional de Colas Ile-de-France Normandie.
 
Sur l'équipement créé après guerre et rallongé dans les années 1960, l'objectif a été double. Un tiers de la piste a fait l'objet d'une reprise d'enrobés et les deux tiers restants ont été entièrement déconstruits puis reconstruits. Dans une logique d'économie circulaire, les équipes du groupe Colas ont installé trois usines à ciel ouvert sur le périmètre pour traiter les anciennes dalles. Quand la première centrale de concassage brisait les blocs, les transformant en grave de béton de granulométrie variable, la deuxième traitait les différents matériaux ainsi que les bétons utilisés dans le processus de reconstruction. La troisième restait, elle, chargée de l'enrobé destiné à recouvrir la piste au cours de la dernière phase du chantier.

Démarche écoresponsable

Cette marche rapide n'a pas été sans surprise, comme le souligne le directeur régional de Colas : "Lors de la réfection de la piste qui devait être effectuée en déblais-remblais, nous avons fait la rencontre inopinée de couches de matériaux impropres. Autre imprévu, la démolition de dallages et radiers d'un ancien hangar Zeppelin datant des années 1930 et hautement ferraillés." La démarche écoresponsable du chantier a conduit à remettre dans le circuit l'intégralité des 185 000 m2 de dalles de béton qui composaient l'ancienne piste. Chacune étant épaisse de 40 cm, l'ensemble représentait quand même 235 000 tonnes de béton... La plupart ont été recyclés au cours du chantier, entre le béton concassé sur place, celui de démolition de l'ancienne piste 3 et les ouvrages déposés et démolis. Quelque 45 000 tonnes ont servi aux matériaux destinés aux tranchées drainantes et filtrantes.
 
"Cette démarche de développement durable et d'économie circulaire, en partenariat avec le groupe ADP, est à saluer. Elle implique un niveau de maîtrise totale des process pour respecter les délais impartis", se félicite Cédric Pantel. Le recyclage de l'ancienne structure a permis ainsi d'éviter la circulation de 13 000 semi-remorques, 6 500 pour l'évacuation vers une décharge et 6 500 autres pour acheminer les matériaux dans la zone. Le groupe ADP est allé plus loin que la rénovation pure et dure de la piste. S'est ajoutée à la reconstruction proprement dite, la mise aux normes des équipements, postes électriques vieillissants, câbles de balisage, suppression de l'amiante dans les réseaux… Au terme du chantier, l'ensemble respectera les normes de l'Agence européenne de la sécurité aérienne. Avec, en prime, un impact limité pour la trentaine de compagnies aériennes présentes : seuls 10 % des 55 000 à 60 000 vols prévus au cours de ces seize semaines de chantier ont subi des modifications.

Fabienne Berthet