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Une passerelle négative unique en son genre pour l'examen du pont de Térénez

Chantier |

Développée par le Cerema pour faciliter l'inspection des ouvrages d'art, cette plateforme suspendue est utilisée là où les moyens d'accès plus courants se révèlent inopérants.

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Epsilon permet d'accéder aux ouvrages d'art de dimensions exceptionnelles pour réaliser l'inspection au contact. © Cerema
Livré en 2011, le pont routier de Térénez (515 mètres de long), dans le Finistère, a passé haut la main en début d'année sa première inspection détaillée périodique. Sa configuration atypique courbe, avec double nappe de haubans (144 au total), a nécessité le déploiement de plusieurs moyens d'accès pour inspecter 100% de sa surface "au contact", comme le prescrit l'Instruction technique pour la surveillance et l'entretien des ouvrages d'art (Itseoa) de l'Etat.
 
Outre les moyens conventionnels, Epsilon, la passerelle négative du Cerema, a été utilisée pour l'auscultation des 300 mètres d'intrados de la travée principale, le parement des pylônes et les pilettes sous le tablier. Développée dans les années 1980-1990 pour l'application de l'Itseoa, cette plateforme à câbles suspendue, unique en son genre, peut en effet aller là où les autres moyens d'intervention (cordistes, passerelles négatives, nacelles positives araignées…) sont limités ou inadaptés. Notamment en sous-face des ponts. "Ce dispositif a été pensé pour faciliter l'inspection des ouvrages d'art de grande hauteur – au-delà de 15 mètres et jusqu'à 150 mètres, ou inaccessibles en pied –, à grande voûte ou à plans inclinés", décrit Florent Plassard, responsable de l'unité pathologie des structures et diagnostic au Cerema, basée à Lyon.

Déplacée par deux engins automoteurs

Térénez s'y prêtait bien : des hauteurs de pylônes de 40 mètres au-dessus de l'eau, une largeur de tablier de 18 mètres et plus, des haubans qui interdisent l'usage d'une nacelle négative sur camion et des pistes cyclables qui autorisent la circulation des chariots. Car la passerelle est déplacée par deux engins automoteurs circulant simultanément sur les deux rives du pont, ici des pistes cyclables suffisamment larges et capables de supporter leur poids (6 tonnes). "Finalisés dans les années 1990, les chariots se composent d'un châssis de tractopelle de 1,3 mètre de large, d'une propulsion thermique, d'une tourelle surmontée de trois bras télescopiques articulés par un moteur hydraulique, le tout commandé par un automate électronique. A la base du premier bras, deux treuils hydrauliques (technologie Twin Tirak) positionnés côte à côte permettent de dérouler 150 mètres de câbles et de descendre la passerelle d'autant, si besoin, le long des parements à inspecter. Chaque extrémité des câbles est équipée d'un lest qui vient se fixer sur les étriers de la passerelle », poursuit-il.
 
Autre spécificité : lorsque la largeur du pont est supérieure à l'envergure maximale de la passerelle (18 mètres), les bras articulés peuvent se replier sous le tablier et gagner 1,5 mètre de large de chaque côté. "Cette séquence de travail donne accès à une largeur de tablier de 21 mètres qui couvre la majorité des ouvrages d'art en France", remarque Florent Plassard. Le Cerema travaille néanmoins à une adaptation dédiée, entre autres, aux largeurs supérieures à 21 mètres, un gabarit de plus en plus fréquent pour les ouvrages récents.

Eléments légers en aluminium

Assemblée au sol ou sur l'ouvrage en fonction du site, la passerelle se compose d'éléments légers en aluminium de 1,2 et 3 mètres, aboutés selon la longueur nécessaire. Munie d'un garde-corps qui garantit la sécurité, elle peut embarquer trois personnes : deux spécialistes de l'inspection et le chef de manœuvre qui commande à distance, par talkie-walkie, les manipulateurs des deux chariots. Aux extrémités de la nacelle, des étriers reçoivent les lests des câbles fixés par des goupilles. "Les étriers sont articulés dans toutes les directions pour positionner la passerelle en pendulaire, notamment au moment du franchissement des piles", explique l'ingénieur. "Dans ce cas-là, la plateforme est descendue au sol ou au ras de l'eau, comme à Térénez. Les personnels évacuent par bateau ou véhicule. La passerelle est alors treuillée en position verticale, puis un des lests est désaccouplé pour translater le système de l'autre côté de la pile. Une fois la manœuvre terminée, le câble est de nouveau goupillé à la passerelle qui peut alors être remise à l'horizontale pour rembarquer les passagers." Les aléas climatiques influencent la faisabilité de cette manœuvre somme toute délicate étant donné la prise au vent de la passerelle et son poids (800 kg) : "Au-delà de 35 à 45 km/h, on ne peut pas travailler. Nous sommes fortement soumis à la situation météorologique du moment."
 
Les conditions de travail et de sécurité d'Epsilon répondent à la norme NF EN 1808 (plateformes suspendues à niveau variable). Le matériel fait l'objet d'une vérification générale périodique, tous les six mois. L'équipe lyonnaise représente six à sept personnes (chefs de manœuvre et opérateurs chariots) formées par le Cerema, qui a développé un cursus interne comprenant une année de compagnonnage sur site. L'installation d'Epsilon sur ouvrage requiert moins de deux heures. Un repérage lors d'une prévisite est indispensable pour cerner les accès du semi-remorque qui livre l'ensemble du matériel, déterminer l'espace d'assemblage (au sol ou sur le tablier), évaluer les nécessités d'adaptation, etc. A Térénez, l'opération de mise à disposition de la passerelle pour les besoins de l'inspection détaillée périodique s'est déroulée en trois jours.
 
Anne-Elisabeth Bertucci