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Trio de grues pour les tours Duo

Chantier |

L'édification des deux IGH parisiens se fait avec des moyens exceptionnels, parmi lesquels deux grues culminant à 195 m et 150 m, complétées par une troisième située au cœur du noyau qui est hissée au fur et à mesure de la construction. Des outils autogrimpants sont également de la partie.

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La façade inclinée des immeubles a réclamé l’emploi de techniques de levage inhabituelles. © Aline Boros / Vinci
Dans le XIIIe arrondissement de Paris, le chantier des tours Duo bat son plein. Portées et développées par Ivan-hoé Cambridge et conçues par les Ateliers Jean Nouvel, les sœurs asymétriques culmineront à 180 m et 39 étages pour la première, et à 122 m et 27 étages pour la seconde. La plus haute, Duo 1, se déhanchera à partir du 29e niveau, tandis que Duo 2, par un jeu de retraits successifs, complétera le « V » qu'elle doit former avec sa voi-sine. Leur signature structurelle tient dans leur façade inclinée suivant un angle de 5°, plus important encore que celui de la tour de Pise.
 
Ce tour de force, qui aura engendré au total huit appréciations techniques d'expérimentation (Atex), n'a pas facilité l'implantation des grues nécessaires à leur élévation. « En plus de la structure particulière, nous avons dû faire avec un environnement de chantier contraint », indique Jean-François Delmas, directeur des travaux gros œuvre pour Bateg. « Deux côtés sont occupés par le périphérique et des emprises de voies de la SNCF, un troi-sième par un axe routier… »
 
Seule véritable possibilité : le long de la rue Bruneseau, où ont été placées deux des grues, hautes respective-ment de 150 et 195 m. « Sauf que pour Duo 1, une seule grue ne pouvait suffire, compte tenu de la cadence asso-ciée aux ouvrages à réaliser quotidiennement. Il a fallu se montrer créatif ! Nous en avons positionné une troi-sième dans une cage d'escalier, qui est hissée au rythme de la construction du bâtiment », continue-t-il. Décon-nectée du sol, la mature est liaisonnée directement à la structure construite, par l'intermédiaire de consoles.

Un vrai mikado

« Haute de 68 m uniquement, cette Potain MDT 319 permet, grâce à son système de hissage particulier, de ne pas impacter le bâtiment sur toute sa hauteur », précise Armando Pereira, le chef de chantier. Lorsqu'elle aura fini son travail, elle sera démontée par l'autre grue de Duo 1 et laissera sa place à une grue à flèche relevable Potain, la MRH 175, dernière-née de la gamme. Les autres grues, des Liebherr 285 et 380 de la série EC-B, proviennent, elles aussi, du parc matériel interne Solumat.
 
« L'inclinaison de la façade a rendu l'arrimage difficile », reprend Jean-François Delmas. Des bracons « parmi les plus longs d'Europe » ont dû être conçus sur mesure. « Plus on monte, plus ils sont longs, les matures restant évidemment droites et perpendiculaire au sol, sans inclinaison », explique-t-il.
 
Le travail de ces trois mastodontes consiste au levage des innombrables éléments constitutifs de la structure, notamment les éléments préfabriqués de plancher. On retrouve en effet à chaque niveau pas moins de 130 dalles alvéolaires en béton précontraint et, donc, autant de coups de grues associés sont nécessaires. Pour les soulager, des mâts de pompage géants ont également été installés pour assurer les coulages de béton, laissant les grues libres d'exercer les autres tâches de levage.

Minimisation des risques

Autre technique peu ordinaire employée : des coffrages autogrimpants sur vérins hydrauliques. Le noyau de Duo 1 est édifié grâce à eux. Les poteaux des étages courants sont aussi coulés en place en utilisant des coffrages embarqués dans un outil autogrimpant en façade. De quoi suppléer encore les grues tout en minimisant les risques d'une mise en œuvre en hauteur qui surplomberait quasiment le périphérique intérieur.
 
Le même principe constructif prévaut sur Duo 2, à l'exception du noyau, coulé en place dans des coffrages en banches traditionnelles. Seules quelques cellules soutenant le mât de bétonnage sont équipées de systèmes autogrimpants. Sur cette deuxième tour, 300 tonnes de charpentes métalliques équiperont les quatre derniers niveaux.
 
Actuellement, le noyau de Duo 1 atteint le 29e niveau, tandis que les plateaux montent jusqu'au 20e. En face, Duo 2 entame son 20e étage. Durant le confinement, « le gros œuvre était à l'arrêt, par manque d'approvisionnement, mais la pose des éléments verriers en façade a pu se poursuivre, grâce au stock disponible en usine », précise Martin Chevallier, directeur de la gestion d'actifs pour l'Europe chez Ivanhoé Cambridge, développeur et maître d'ouvrage de l'opération. Les façades atteignent ainsi le 17e niveau sur Duo 1 et le 12e sur Duo 2.

Grand spectacle

En septembre, 900 compagnons devaient être présents sur le chantier, dont une dizaine de grutiers. « Nous sommes assistés par des caméras qui nous permettent un visuel à la verticale », détaille l'un d'entre eux, Cristo-vao Rivero. « Le zoom se fait par une pédale. Autre sécurité, nous employons le système d'interférence AMCS. Des zones interdites sont définies : pas question de porter une charge au-dessus du périph ! »
 
Pour tenir la cadence, le travail s'effectue parfois de nuit, notamment pour des livraisons exceptionnelles. « C'est beau de voir le soleil se lever sur la capitale », sourit Cristovao Rivero. « Nos missions sont dures, mais ça fait partie des bons côtés. » Les deux tours, qui seront livrées courant 2021 au terme de 42 mois de travaux, au-ront des usages multiples. Audrey Camus, vice-présidente développement et gestion d'actifs Europe pour Ivan-hoé Cambridge, rappelle « qu'en plus de 97 000 m² dédiés aux bureaux, elles accueilleront un hôtel de 139 chambres et son restaurant, un auditorium, des commerces, des jardins et des terrasses végétalisées. »
 
Amélie Luquain, avec Arnault Disdero
 
> Retrouvez l'intégralité de ce reportage dans le numéro du 13 novembre 2020 du Moniteur Matériels