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Transition énergétique : la machine verte en mode crescendo

| Décryptage |

Malgré leurs limites, les matériels équipés de motorisations alternatives sont toujours plus nombreux dans l'offre des constructeurs. Mieux, les ventes devraient décoller cette année.

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La pelle de 20 tonnes Kobelco SK210HLC est disponible en version hybride. © Kobelco
"Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare, donc un cheval bon marché est cher." Appliqué au secteur des matériels, ce sophisme a toutefois une certaine logique : les énergies alternatives demeurent rares et chères, et les modèles 100% électriques sont encore circonscrits aux gammes compactes. Pourtant, les constructeurs sont de plus en plus nombreux à diversifier une offre qui tourne résolument le dos aux motorisations thermiques standard pour embrasser la technologie de l'hybride, de l'électrique voire de l'hydrogène et plus rarement du gaz. L'anglais JCB a ainsi été le premier à lancer, il y a deux ans, sa mini-pelle électrique, suivie de la nacelle à ciseaux, d'un dumpster de 500 kg sur chenilles, et enfin d'un télescopique compact et d'un dumper dont les premiers exemplaires de démonstration viennent d'arriver en France. Désormais, sa gamme électrifiée regroupée sous la bannière commerciale E-Tech représente 15% de son offre.

Un retour sur investissement à considérer

Après une période d'euphorie due à l'effet de nouveauté, les ventes de ces matériels se sont tassées, mais elles connaissent actuellement une phase de rebond, avec pour le seul marché français la commercialisation estimée de 250 unités de mini-pelles sur batteries lors de l'exercice 2021. Soit une hausse attendue de près de 50% des ventes par rapport à 2020. "Un matériel électrique coûte deux fois plus cher à l'achat. Les coûts de maintenance sont cependant très vite divisés par quatre ou cinq, tout comme les coûts de consommation", résume Philippe Girard, directeur général de JCB France. "Le retour sur investissement (ROI) est d'environ cinq ans sur une mini-pelle, et d'à peine trois ans sur un télescopique. De plus, le taux d'utilisation en milieu contraint de machines silencieuses atteint parfois le double d'une motorisation diesel, ce qui accélère d'autant le ROI."

Une montée en puissance des ventes

Le constructeur Volvo CE vient pour sa part de livrer fin 2020 les premières unités de sa pelle compacte électrique de 2,7 tonnes à rayon court avec cabine, ainsi que sa chargeuse compacte L25 de 5 tonnes. Son tombereau électrique autonome était déjà sorti juste avant l'été dernier. Pour l'heure, les ventes restent confidentielles. "Les débuts sont lents, mais le secteur des travaux publics va, au cours des deux prochaines années, vivre ce qui s'est passé dans le monde de l'automobile, avec une accélération exponentielle des ventes après des débuts difficiles", prédit François Darves-Bornoz, chargé des projets spéciaux et de l'électromobilité chez Volvo CE. "Avec la maturation du marché, les acheteurs vont intégrer que, malgré un coût entre 1,8 et 2,2 plus élevé à l'achat, le retour sur investissement sera de plus en plus rapide, notamment grâce aux aides gouvernementales et à l'évolution à la hausse du prix du gazole. Le frein est aujourd'hui avant tout psychologique et les entreprises attendent surtout qu'il y ait des produits qu'elles puissent acheter."

La contrainte réglementaire comme levier

Le japonais Kobelco n'a pas attendu le boom de la voiture verte pour se lancer dans les énergies alternatives. Son histoire avec l'hybride débute en effet dès 2006 avec sa première pelle sur chenilles, la SK70H. En 2017, c'est au tour de la SK210HLC Hybrid (169 ch thermique, 69 ch électrique) de révolutionner le marché. Elle représente désormais plus de 10% des ventes sur le segment des 21 tonnes, toutes motorisations confondues. Quant aux modèles électriques, encore au stade du prototype, ils attendent une maturation du marché et des avancées technologiques pour être lancés. D'ici à 2024, chez Kobelco l'électrique devrait continue de monter en puissance. "Aujourd'hui, le client n'est pas demandeur de modèles alternatifs, car il n'existe pas de bonus-malus sur les engins de chantier", note Jean-Philippe Delion, business manager chez Kobelco Construction Machinery Europe. "Sans décision politique forte, le secteur du BTP ne serait jamais passé au filtre à particules, à la Phase V ou à l'AdBlue. Il passera au moteur propre uniquement si on lui impose des paramètres écologiques dictés par une réglementation forte." À bon entendeur !
 
> Retrouvez l'intégralité de cet article dans le numéro du 30 avril 2021 du Moniteur Matériels.

Steve Carpentier