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Tim Burnhope (JCB) : "Vers des matériels plus éco-responsables"

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Résolument offensif, le directeur de l'innovation du constructeur britannique JCB détaille la stratégie du groupe, largement tournée vers le développement d'engins mus par des énergies alternatives.

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Tim Burnhope, directeur de l'innovation de JCB, dans son bureau de Rocester, dans le Staffordshire. © JCB

Alors que le monde connaît une crise sanitaire et économique inédite, comment abordez-vous la nécessaire transition écologique des matériels de construction ?

Cette période est déjà riche d'enseignements. Le premier d'entre eux est probablement l'importance des démarches collaboratives lorsqu'il s'agit de faire face à un tel enjeu global. Parfois en tâtonnant, les gouvernements, professionnels et citoyens ont su se réunir pour trouver des parades au coronavirus. Or, cette même approche doit présider à la lutte contre le changement climatique. En la matière, l'engagement de JCB ne date pas d'hier. Grâce au travail acharné de nos ingénieurs, nous avons su abaisser de 50 % les émissions de CO2 de nos moteurs diesel ces dix dernières années. Ils ont évolué pour se conformer à la Phase V de la réglementation européenne et ne rejettent quasiment plus de NOx ! À court terme, l'effet sera gigantesque, mais nous ne comptons pas nous arrêter là. Aujourd'hui, la nécessité de proposer des matériels plus sobres et frugaux fait consensus, et la crise que nous vivons amplifie cette aspiration.
 

Quelle est votre idée du bon mix énergétique ?

Pour commencer, il faut se faire à l'idée que les motorisations thermiques au diesel ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Elles constituent toujours des solutions d'avenir pour bon nombre d'engins de chantier, particulièrement les plus gros. Il s'agit, pour ces matériels, de continuer à réduire leurs consommations et d'introduire progressivement des carburants plus vertueux, tels que les biodiesels B7, B10, B30 et jusqu'à B100, qui contiennent de 7 à 100% d'huiles végétales. L'hybridation, sous toutes ses formes, est aussi intéressante sur cette classe de machines. Les engins inférieurs à 5 tonnes peuvent de leur côté bénéficier d'une rapide migration vers l'électrique. Ici, notre objectif est de proposer une version entièrement sur batteries de tous nos engins compacts, sans cesser la production de solutions thermiques, et de laisser ainsi le choix aux utilisateurs. Dans le court terme, il s'agit d'être réaliste et d'avancer sur ces solutions existantes.
 

Sur quelles autres pistes travaillez-vous ?

Il est dans notre ADN d'innover et d'expérimenter. Dès lors, nous ne nous interdisons absolument rien. Au-delà de l'électrique, nous travaillons d'arrache-pied sur le sujet du gaz naturel pour véhicules, aussi bien liquéfié que comprimé, qui présente de nombreux atouts, et spécifiquement une mise en œuvre rapide, comme c'est déjà le cas en Russie et en Inde. Ou encore sur l'hydrogène, qui constitue un champ d'étude passionnant. Pour démontrer sa fiabilité, nous avons d'ailleurs développé un prototype de pelle de 20 tonnes doté d'une pile à combustible. D'autres suivront, car nous sommes persuadés que, lorsque les infrastructures de distribution d'hydrogène seront prêtes, cette solution s'imposera comme une alternative incontournable aux motorisations existantes.
 

Toutes ces transformations supposent l'engagement des utilisateurs. Sont-ils prêts à franchir le pas ?

Il reste un travail d'évangélisation à mener, mais nos partenaires comprennent bien que l'avenir passe par le développement d'alternatives au gazole. C'est un impératif à la fois écologique et économique puisque ces solutions permettront de réduire les coûts de carburants et de maintenance. Elles seront en outre indispensables pour se positionner sur les marchés urbains et souterrains, pour renforcer son image de marque… Cependant, il ne faut pas nier la réalité du terrain et se leurrer sur le rythme d'appropriation de ces technologies. De même que la voiture hybride ou électrique a mis des années à gagner les garages des particuliers, les taux de pénétration des matériels alternatifs resteront bas encore un bon moment. La durée dépendra des évolutions technologiques. Les batteries lithium-ion, par exemple, doivent encore progresser en termes de poids, d'autonomie et de prix. Sans parler de l'approvisionnement énergétique sur chantier auquel se heurtent l'électrique comme le gaz et, bientôt, l'hydrogène. Nous travaillons activement à lever ces freins.
 

Percevez-vous ce mouvement d'innovation comme une figure imposée ou comme une opportunité de croissance ?

Sans aucun doute une opportunité ! La preuve, nous mettons à la disposition de nos clients toute une gamme de machines 100 % sur batteries. Sous l'appellation E-Tech, cela représente déjà une petite dizaine de produits qui vont de la mini-pelle jusqu'au dumper, en passant par le chariot télescopique, la nacelle ciseaux… Autant de machines aussi performantes que leurs équivalents thermiques. Pour leur permettre d'être opérationnelles et exploitées en continu, quel que soit le site, nous avons également conçu un chargeur rapide universel qui sera compatible avec les futurs modèles, ainsi qu'un bloc d'alimentation JCB Power Pack d'ores et déjà disponible en versions quatre ou huit batteries. Tous ces éléments assurent au client un véritable retour sur investissement.
 

La crise économique ne risque-t-elle pas de retarder le déploiement de ces matériels plus vertueux ?

Il est certain qu'elle réduit les capacités d'investissement des entreprises. C'est donc d'autant plus important de trouver le bon positionnement en termes de prix de vente de nos matériels alternatifs et d'évaluer correctement leur coût total de possession pour démontrer que le prix de revient est véritablement intéressant sur le long terme. Aujourd'hui, certains contrats, notamment noués avec des loueurs, visant à remplacer des parcs d'engins compacts thermiques par des modèles électriques, ont été étalés dans le temps. Pour autant, ils ne sont pas remis en cause. Mieux, les budgets programmés ont plutôt tendance à s'étoffer. Comme nous, nos partenaires regardent vers le futur car nous n'avons pas le luxe de rester immobiles face aux grands défis de notre temps.
 
Propos recueillis par Arnault Disdero
 
> Retrouvez l'intégralité de cet article dans le numéro du 30 avril 2021 du Moniteur Matériels.