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Thierry Lahuppe (Loxam) : "Rester agile et miser sur l'électrique"

| Interview |

Le directeur matériel du géant européen de la location d'engins de chantier détaille pour les lecteurs du Moniteur Matériels sa politique d'achats. Si les acquisitions se feront moins nombreuses que prévu en raison de la crise, la transition énergétique reste de mise.

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Thierry Lahuppe est directeur matériel de Loxam depuis septembre 2015. © Loxam

Avant de parler de l'avenir, revenons sur l'année 2019. Comment s'est porté l'achat chez Loxam pendant cette période ?

Si proche et déjà si loin ! On prend conscience du côté inédit et de l'intensité de ce que nous venons de traverser… L'année 2019 était écrite dans les grandes lignes depuis 2017, date du lancement du dispositif Macron qui a pris fin le 14 avril 2019. Nous avons optimisé et maximisé ce dispositif qui nous permettait d'économiser 15% du coût de la machine sous réserve de la converser pendant toute sa période d'amortissement. La plus grande part des investissements étaient donc engagée depuis deux ans. Nous ne nous sommes pas trompés sur nos choix, sachant que les véhicules roulants immatriculés – camions-bennes, modules, bengalows, conteneurs, etc. – n'étaient pas éligibles. Nous avons réceptionné entre 80 et 90% de nos machines dans le courant du premier trimestre 2019. Un record ! Cela correspondait en fait au solde de ce qui n'avait pas été livré en 2018.
 

Quelles étaient vos attentes pour l'année 2020, avant la crise sanitaire ?

Nous nous attendions à une année de transition, en raison des élections municipales, et tablions sur un volume d'achat moins important. Notre parc avait déjà pas mal rajeuni, avec un âge pondéré correspondant désormais à la moyenne des propriétaires de matériels qui ont une vision patrimoniale.
 

"Les engins dédiés à l'élévation sont les plus faciles à passer à l'électrique"

 

Quelles orientations ont suivi vos achats ?

Entre 2017 et aujourd'hui, notre parc a beaucoup évolué. En particulier sur le petit matériel électrique, qui a été généralisé pour l'ensemble de nos agences, dont le concept a même été revu à cette occasion. Nous avons densifié la profondeur de gamme, essentiellement pour cibler le second œuvre bâtiment. Autre fait marquant : la montée en puissance de l'élévation. Elle représentait 50% de la valeur de notre parc avant l'intégration de Ramirent [le rachat de cette enseigne finlandaise a été finalisé en juillet 2019, NDLR]. Nous avons continué à rajeunir cette gamme avec toujours plus d'électrique. Il faut dire que ce sont les machines les plus faciles à électrifier. Aujourd'hui, 28% de notre parc d'élévation est sur batteries, soit une augmentation de 6 points en l'espace d'un an.
 

Qu'en est-il des matériels de terrassement et de manutention ?

Sur ce segment aussi, le second en valeur après l'élévation, nous avons investi pour rajeunir. Particulièrement concernant les mini-pelles. Nous avons fait beaucoup d'acquisitions de modèles entre 800 kilos et 8 tonnes. La compacité, avec systématiquement le rayon court, et le poids réduit constituent les principaux critères, avec toujours la sécurité : accessibilité avec marches intermédiaires, détecteur siège coupe-moteur… L'électrification constitue un travail de plus longue haleine, que nous menons avec quelques constructeurs, en codéveloppement. Nous leur apportons un partage d'expérience, des phases de test, etc. JCB fait partie de nos partenaires en la matière. Nous voulions déployer plusieurs dizaines de matériels dans l'ensemble de notre réseau. Cette décision a été différée, nous avons préféré temporiser. Tout ne sera peut-être pas fait en 2020. Mais l'axe de fond demeure. Nous regardons de près notre bilan carbone, avec une volonté de changer d'échelle.
 

Vous dirigez-vous vers le tout-électrique ?

Pas forcément, non. Il existe un panel de solutions. Le choix est multiple et complexe. Nous travaillons à identifier les meilleures alternatives au diesel selon les typologies de matériels. Je crois beaucoup à l'hybridation, avec des carburants plus verts. Pour ce qui est de la manutention, nous sommes en attente d'innovations, notamment de la part des deux grands leaders, JCB et Manitou. Du côté des compresseurs, la proportion de l'électrique est montée en flèche : 7% du parc actuellement, soit une progression de 32%. Et nous allons continuer dans cette voie.
 

"Les constructeurs se sont montrés compréhensifs"

 

Comment gérez-vous la relation avec vos fournisseurs, sachant que Stéphane Hénon, directeur général de Loxam, a annoncé dans nos colonnes un volume d'achats revu à la baisse ?

Pendant le confinement, nous avons demandé à nos fournisseurs de suspendre sans attendre les livraisons. Ensuite, nous sommes entrés en négociation avec chacun d'entre eux, commande par commande, pour statuer aussi vite que possible ce qui pouvait être reporté ou annulé. Les échanges, parfois tendus, ont été nombreux. Mais globalement, les constructeurs se sont montrés compréhensifs. Les inquiétudes sont partagées, et nous sommes transparents. Ce sont des partenaires de longue date ; nous inscrire dans la durée avec eux a toujours été important, ça l'est encore plus avec le contexte. Le critère de proximité a toujours été primordial chez Loxam, bien que le groupe soit très international. Cela ne changera pas. Nous avons des valeurs partagées, basées sur la compréhension mutuelle. Une culture commune et confiance réciproque, en somme. 
 

Vous êtes-vous engagé sur des volumes ?

Lorsqu'on regarde en arrière, nos partenaires ont toujours su s'adapter aux changements d'orientation nécessaires demandés par Loxam, ce qui est remarquable. Ce n'est pas la première crise que nous traversons. Nous ne nous sommes pas engagés sur des volumes, nous le faisons rarement. Le dispositif Macron a été une exception. La situation actuelle nous pousse à être agiles pour répondre aux enjeux. Je ne sais pas encore si notre parc grandira en 2020. Toutes les options sont sur la table. L'essentiel, c'est qu'il reste adapté à l'activité en permanence.

Arnault Disdero