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Sophie Benfredj, Bomag France : "Soyons pragmatiques"

| Témoignage |

La directrice générale de Bomag France, filiale du groupe Fayat spécialisée dans le matériel routier, évoque sa stratégie pour faire à la crise sanitaire et économique liée au Covid-19.

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Sophie Benfredj, directrice générale de Bomag France. © Arnault Disdero / Le Moniteur Matériels
Quelles mesures d'urgence avez-vous mises en place ?
 
Le confinement a constitué un véritable choc au sein de notre structure, entraînant un cadre de travail qui a beaucoup évolué du quotidien habituel. Nous naviguons à vue depuis le début de cette crise sanitaire. Néanmoins, il s'agit de savoir donner un cap, c'est ce qu'attendent les équipes. Notre première réaction a été de monter une cellule de crise, qui regroupe autour de moi le directeur administratif et financier ainsi que le responsable SAV. Dès le 16 mars, nous avons organisé le télétravail dès que cela était possible pour les équipes [Bomag France, dont le siège est à Viry-Châtillon, dans l'Essonne, compte environ 45 employés, NDLR], de manière à les protéger. Plus question de se retrouver au siège. La dynamique collective s'est certes retrouvée chamboulée, mais il était important pour nous de rester opérationnels, d'autant que nombre de nos clients sont dans l'enfouissement de déchets, un secteur qui ne connaît pas le ralentissement, contrairement au BTP. Il était évident pour nous d'assurer une continuité du service et d'être aux côtés de nos clients.
 
Vos ateliers sont-ils toujours en activité ?
 
Nous disposons de trois agences qui fournissent du service et de la maintenance, en plus de notre atelier parisien. A ce jour, seule celle située en Bretagne a été fermée, par mesure de précaution. Celles de Marseille et Bordeaux tournent encore. Nos techniciens sont habitués à l'astreinte et aux situations d'urgence. Notre SAV est disponible toute l'année à travers la hotline. Cela reste le cas pendant cette crise. Notre stock de pièces est conséquent et le réapprovisionnement en provenance de l'usine allemande continue de se faire. Seule la réception de certaines pièces peut être plus longue : au lieu de 24h, les délais s'allongent en raison des contraintes logistiques dues aux transports réquisitionnés pour raisons sanitaires.
 

"Le manque à gagner pourrait être rattrapable"

 
Comment vos équipes de terrain se protègent-elles ?
 
Plus que jamais, nous avons de besoin de techniciens en bonne santé ! Dans nos rangs, nous comptons malheureusement deux cas d'infection au Covid-19. Ces personnes sont aujourd'hui hors de danger. Les mesures de protection mises en place passent classiquement par l'emploi du gel hydroalcoolique et le port systématique de gants. Nos équipes emploient également des masques, à raison de trois par jour et par personne. De nouveaux sont en cours d'acheminement, mais pour le moment nous vivons sur le stock mis en place une quinzaine d'années au moment du SRAS. Ce n'est pas simple, surtout en déplacement chez le client, où le périmètre de sécurité est moins facile à mettre en place qu'en atelier.
 
Craignez-vous pour votre activité ?
 
Je pense qu'il faut être pragmatique. L'activité BTP finira par reprendre, ne serait-ce que parce que les donneurs d'ordres de nos clients sont en grande partie l'Etat et les collectivités. Les chantiers en cours - Grand Paris, travaux d'enfouissement de la fibre, etc. - ne vont pas s'arrêter en si bon chemin, même s'ils ont pris du retard. En moyenne, nos clients disposaient avant-crises de carnets de travaux de l'ordre de six mois. Ce n'est qu'une question de temporalité. Le sujet prioritaire est de faire face à la forte baisse de nos revenus liée à l'arrêt d'activité ponctuel de la majorité de nos clients issus du BTP. Une situation qui nous a poussés à mettre une partie de notre équipe en chômage partiel. A ce stade, j'estime que si nous sommes en mesure de reprendre rapidement notre activité, nous n'aurons à faire face qu'à une baisse de 20% de notre chiffre d'affaires. Avec une possibilité de rattraper ce manque à gagner sur le restant de l'année. En revanche, si le confinement dure encore plus d'un mois, voire deux, alors c'est 30 à 40% de rentrées qui risquent de s'envoler, sans espoir de les compenser.
 

"L'heure est à la solidarité"

 
Qu'attendez-vous du gouvernement ?
 
De nombreuses mesures d'accompagnement des sociétés ont été mises en place : paiement retardé des charges sociales et fiscales, garantie de prêts bancaires, chômage partiel... Ce soutien est absolument nécessaire et il doit être confirmé au niveau européen. Les banques doivent elles aussi jouer le jeu. Nous sommes tous interconnectés. L'heure est à la solidarité ; il faut à tout prix éviter une situation sociale chaotique au moment du déconfinement. La marque Bomag, filiale du groupe Fayat, est une entreprise allemande, et nous voyons bien en discutant avec nos collègues outre-Rhin qu'une bonne organisation, avec les moyens adéquats, permet de vraiment limiter la casse et de poursuivre nos activités.
 
Cette période occasionnera-t-elle une remise à plat de vos méthodes de travail ?
 
Je ne crois pas que cette crise débouchera sur une révolution de nos approches collaboratives, même si les outils numériques ont montré leur efficacité. Chez Bomag, nous ne sommes pas fans de la "réunionnite", et nous continuerons à nous montrer efficaces dans nos échanges. Ce qui est certain, c'est que notre stratégie de maintenir des équipes locales est validée par cette pandémie qui impose un minimum de déplacements.

Arnault Disdero