Savoir dompter la donnée pour mieux la posséder

| Enquête |

Après avoir su décrypter les informations relatives à l’exploitation de leurs engins, les utilisateurs se penchent sur leur sécurisation.

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Savoir dompter la donnée pour mieux la posséder © AdobeStock

Rester maître de la donnée : telle est l’obsession des professionnels qui ont vu le numérique s’imposer progressivement sur les chantiers depuis plus d’une décennie. Les engins sont désormais bardés de capteurs qui fournissent des informations essentielles au gestionnaire de parc mais aussi aux utilisateurs sur le terrain. Trois sources d’informations principales sont aujourd’hui disponibles via des capteurs installés. D’abord celles du constructeur via la télématique de première monte qui lui permet de récupérer des informations pour améliorer ses machines. Puis celles de l’utilisateur qui va équiper son parc de capteurs de type GPS pour notamment alimenter le système de guidage ou asservir des outils. Il existe enfin des capteurs mis en place par des prestataires pour résoudre des problématiques d’exploitation de la machine.

 

Suivre la consommation de carburant, gérer les temps de travail, positionner sa flotte au bon endroit sont autant de développements récents et très porteurs. Sécuriser les données machine consiste donc d’abord à récupérer les informations qui proviennent de différentes sources pour in fine en prendre le contrôle. « De nombreux fournisseurs produisent de l’information via le matériel qu’ils vendent et qui n’est pas facilement récupérable ou connectable par celui qui utilise ces machines, explique Charles Bénard, cofondateur de la société Hiboo, prestataire de traitement de données pour les entreprises. Il faut donc s’assurer que la donnée est pertinente, la finalité étant toujours d’améliorer la qualité de la gestion opérationnelle. » Collecter la donnée, la consolider en un seul et même endroit et éventuellement, par la suite, l’envoyer dans d’autres outils logiciels est donc un véritable défi technique.

Des protocoles d’envoi robustes et fiables

D’autant que les utilisateurs de matériels n’ont pas toujours conscience que leurs machines émettent nativement de la donnée dont ils sont propriétaires. Les moyens humains en interne font aussi parfois défaut pour l’exploiter dans toutes ses capacités décisionnelles. « Toute data hébergée doit être sécurisée car il est nécessaire pour un client d’assurer la confidentialité de ses informations, par exemple tarifaires mais aussi celles portant sur les salariés de son entreprise », résume Mélanie Lehoux, fondatrice de la société Ibat, qui propose des solutions pour fluidifier le marché de la location de matériels. Hier, les entreprises travaillaient sur des documents papier qui n’étaient pas collaboratifs et qui demeuraient internes à l’entreprise. Aujourd’hui, même chose avec les données numériques : si l’entreprise fait confiance à un éditeur pour les héberger, elle les garde toutefois pour elle. « Les données sont sensibles quand cela touche à des coûts de production ou à des rendements qui ont trait au savoir-faire de l’entreprise et qui alimentent leur retour d’expérience et leurs futurs projets, note Gilles Hovhanessian, directeur d’Arkance Optimum, concepteur d’une plateforme Web qui permet de générer des tableaux de bord et des bilans de performance. Son transport entre le capteur et le serveur est aujourd’hui sécurisé par des protocoles d’envoi standards qui sont très robustes. » Reste à ne pas interpréter les données d’une machine qui n’est pas la bonne, ce qui est ici de l’ordre de l’erreur humaine et non d’une corruption des datas par le système. Arkance Optimum a donc systématisé l’ajout d’un capteur pour avoir une remontée plus rapide des données brutes afin de pouvoir affecter les informations machine aux bons postes de travail et aux bonnes tâches.

L’utilisateur reprend la main

C’est aussi le principe qui sous-tend la solution ConX de Leica Geosystems, une plateforme Web d’échanges mutualisés qui permet d’assigner un seul type de données sur une seule machine en fonction des travaux qu’elle doit effectuer. « Nous redonnons la main à l’utilisateur en lui apportant une vue globale sur les différentes données qui sont à sa disposition pour réaliser son chantier, précise Steve Jost, responsable de solutions chez Leica. Cela répond à la crainte première du chantier digital qui est la perte de la data, ce que l’on évite en regroupant sous un même outil toutes les informations avec une gestion par l’utilisateur lui-même. » Redonner la main, c’est aussi ce que fait depuis plusieurs années Komatsu. En 2008, le constructeur japonais a équipé la quasi-totalité de ses engins au-dessus de 15 t du système de suivi à distance Komtrax. Avantage : récupérer des informations pour ses propres bureaux d’études afin d’améliorer notamment la consommation des engins. Une mine d’or qui depuis intéresse fortement les propriétaires des engins. « Afin d’être en conformité avec la RGPD, nous avons progressivement livré à nos clients les données que nous utilisions en interne, note Alexis Muhlhoff, responsable marketing chez Komatsu France. Nous sommes donc passés en quelques années d’un constructeur qui exploite en propre des données machine et de fonctionnement à une situation où il doit demander l’accord de l’entreprise pour que les données soient exploitées. » Une petite révolution pour le constructeur, en phase avec un mouvement plus global de prise de conscience que générer une donnée, c’est aussi bien la gérer.

Steve Carpentier