Quand Roger Martin décarbone, il préfère les actes aux paroles

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Le groupe familial multiplie les initiatives pour réduire ses émissions. Pragmatique, il refuse de s’engager sur des objectifs chiffrés tant que l’offre industrielle reste limitée.

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Quand Roger Martin décarbone, il préfère les actes aux paroles © Roger Martin

Engagé en faveur du développement durable des territoires sur lesquels il est présent à travers ses différentes filiales, le groupe Roger Martin agit à plusieurs niveaux pour limiter l’impact environnemental de ses activités. Soucieux de préserver les ressources hydriques sur ses sites industriels, il récupère et recycle par exemple les eaux de lavage et pluviales de la zone de process afin de les réutiliser, notamment pour le lavage des camions et des malaxeurs. Dans le cadre d’une démarche environnementale, l’entreprise dijonnaise a aussi dû revoir sa politique d’investissement en matière de matériels. Pour verdir son parc, il s’est doté de pelles hybrides de production de 25 et 30 t, de mini-pelles électriques de 2,5 à 3,5 t, ainsi que de deux bulls D6 Cat à transmission électrique, qui lui permettent de réduire ses consommation de gazole non routier (GNR) de l’ordre de 15 à 20 % et donc ses émissions de CO2 . En outre, côté transport, une cinquantaine de ses 250 poids lourds roulent désormais au biocarburant Oleo100, tandis qu’une dizaine de véhicules de service électriques (utilitaires et berlines) sont mis à disposition de ses collaborateurs des agences de travaux, bureaux d’études et laboratoires amenés à se déplacer dans un rayon de 150 km. Sur les 350 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2021, il a injecté autour de 15 millions d’euros pour le renouvellement de son parc matériel et de ses outils de production industrielle (centrales d’enrobés et à béton…).

Une trajectoire contrainte par l’offre

« Mais, maintenant que ces actions sont mises en œuvre, il nous est difficile d’aller plus loin dans l’investissement, déplore Vincent Martin, président-directeur général du groupe. Malheureusement, nous dépendons de l’offre des constructeurs, qui n’est pas assez pourvue pour l’instant. » Pour autant, en attendant l’émergence de nouveaux modèles alternatifs, Roger Martin ne ménage pas ses efforts pour réduire ses consommations de carburants en misant sur des actions de sensibilisation auprès de ses collaborateurs et sur la formation à l’éco-conduite. « Nous avons constaté des baisses de l’ordre de 5 % grâce à ces initiatives », indique le dirigeant. L’an dernier, dans l’espoir de réduire plus significativement ses consommations, le groupe s’est également équipé de l’outil de gestion de parc matériel Hiboo. « Outre l’intérêt environnemental, il apparaît indispensable aujourd’hui de mener des actions concrètes pour baisser les consommations, ne serait-ce que d’un point de vue financier, compte tenu de la hausse du prix du GNR. Mais, pour le moment, nous ne nous y retrouvons pas encore car, certes, nous baissons nos consommations, mais le prix du carburant, pour sa part, augmente », commente Vincent Martin. D’après ses deux dernières déclarations de performance extra-financière, le groupe a même consommé 737 215 l de GNR de plus en 2020 qu’en 2019. À l’inverse, il est parvenu à réduire sa consommation de gazole de 42 305 l. « Trop de questions restent encore en suspens aujourd’hui, et nous sommes plutôt pragmatiques. C’est pourquoi nous avons fait le choix de ne pas annoncer d’engagements chiffrés qui seraient difficilement tenables. En matière de transitions énergétique et économique, nous y allons progressivement et nous nous adaptons à ce que le marché nous propose. Quand l’offre sera plus étoffée, nous aurons des décisions à prendre quant au type d’investissement et aux modèles de matériels à acquérir car, pour un groupe familial indépendant comme le nôtre, l’achat d’engins à motorisations alternatives représente tout de même un surcoût non négligeable qu’il nous faudra prendre en compte quand nous établirons notre budget d’investissement », explique le PDG. D’autre part, Roger Martin entend aussi allier innovation et développement durable. Après avoir fait l'acquisition, en juillet 2020, de la société Moulin et de sa filiale APS Énergies, situées en Haute-Loire, il réfléchit actuellement à mettre en place sa propre solution de production d’hydrogène vert afin d’alimenter ses poids lourds d’ici à quelques années. « Intervenant dans la combustion de bois, notre filiale Moulin livre actuellement plusieurs chaufferies industrielles ou urbaines. Autour de ce procédé, nous étudions la possibilité de développer un concept de production d’hydrogène vert stockable et transportable », explique Vincent Martin. Un nouvel engagement pour ne pas rester dans la passivité.

 

 

« Nous observons avec l’hydrogène des surcoûts de l’ordre de 30à 40 % à l’achat »

« La nécessité de s’impliquer dans le développement de l’hydrogène ne fait aucun doute. La métropole de Dijon est d’ailleurs en pointe sur ces sujets. Mais, pour l’instant, les quelques expériences existantes concernent essentiellement des bus et des camions d’ordures ménagères pour les collectivités. En outre, nous observons avec l’hydrogène des surcoûts de l’ordre de 30à 40 % à l’achat par rapport à une solution thermique. Dans notre lutte contre le réchauffement climatique, il me semble donc important de garder à l’esprit que les énergies vertes ne vont pas, à l’avenir, complètement se substituer au diesel. Au contraire, comme beaucoup, je crois en un mix énergétique », détaille Vincent Martin, président-directeur général de Roger Martin. 

Charlotte Divet