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OPPBTP : "Atteindre un déploiement en série des systèmes anticollision"

Interview |

Fondée il y a dix ans, la direction technique de l'OPPBTP agit sur la sécurité des chantiers, en particulier en lien avec le matériel. Tour d'horizon avec son patron, Patrick Richard.

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Patrick Richard est directeur technique de l'OPPBTP depuis juillet 2010. © Bruno Levy / Le Moniteur Matériels
Comment la direction technique de l'Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP) crée-t-elle le lien avec les opérationnels sur site ?
Sur le périmètre des matériels de chantier, notre première mission consiste à conseiller les entreprises, à répondre aux questions qu'elles peuvent se poser en matière de prévention et de sécurité. C'est un champ prioritaire pour nous. En termes de sollicitations, il arrive en seconde position, juste derrière le risque chimique. Pour être efficaces, nos équipes d'experts se déploient sur le terrain, mais nous sommes également présents en ligne, à travers l'accès à un corpus de quelque 1 500 questions & réponses. Constamment enrichie, cette base de données nous permet en outre d'identifier, par recoupements, les sujets prédominants pour nos adhérents.
 
Votre intervention peut-elle avoir des conséquences directes sur la conception même des machines utilisées ?
Après les accidents mortels dont nous avons connaissance, nous effectuons une analyse des causes qui débouchera, en fonction des conclusions, sur des mesures d'urgence ou de prévention. Si la conception du matériel est directement mise en cause, cela peut nous conduire à nous rapprocher de son constructeur pour l'aider à trouver des solutions. Le cas s'est présenté récemment. L'industriel s'est montré à l'écoute de nos recommandations et a lancé un rappel du modèle concerné pour remise à niveau. Le problème est résolu, mais ce n'est qu'une demi-victoire. Car en l'état actuel de la réglementation et des moyens techniques, rien ne nous permet de savoir si certaines machines ne sont pas passées au travers des mailles du filet, au gré de reventes successives. Un constat qui nous pousse à améliorer la traçabilité, grâce à une connectivité généralisée des équipements, et à mobiliser l'ensemble de la filière. L'entreprise utilisatrice seule ne peut pas tout.
 
Une mobilisation de la filière peut-elle faire évoluer les standards de conception d'une famille de matériels ?
Avec la FNTP et ses différents syndicats de spécialités, nous avons conçu un guide relatif à l'exposition à la poussière. Il ciblait aussi bien les modes opératoires que les matériels. Les maîtres d'ouvrage et les entreprises s'en sont emparés avec des résultats probants. Autre exemple, à la suite d'une mobilisation exemplaire des préventeurs et constructeurs, les finisseurs utilisés dans les travaux routiers sont depuis cinq ans dotés d'un pare-brise et d'outils de captation des fumées de bitume. Actuellement, nous travaillons sur les collisions avec les piétons, qui constituent un point majeur de l'accidentologie. Les travaux de l'INRS et les systèmes développés par les industriels, les start-up et les loueurs partenaires offrent suffisamment de recul pour agir. Je suis persuadé que, dans un délai de trois à cinq ans, un déploiement en série de ces solutions sera possible.
 

"Si la conception d'un matériel est directement mise en cause, cela peut nous conduire à nous rapprocher de son constructeur pour l'aider à trouver des solutions."

 
Faire évoluer la norme suppose une action nationale et internationale. Comment peser à Bruxelles ?
La révision actuelle de la directive machine est une opportunité à saisir. La branche, à travers les organisations professionnelles, s'est organisée pour porter des actions aux niveaux national et européen. Sur la base d'une enquête menée auprès des utilisateurs, nous avons, par exemple, eu confirmation que l'exposition aux bruits, vibrations et poussières devait être diminuée. J'espère que l'on saura s'inspirer des tracteurs agricoles et du monde du recyclage pour généraliser sur les chantiers les cabines pressurisées et équipées de filtres très haute efficacité.
 
Les chauffeurs sont-ils demandeurs de plus d'accompagnement en matière de sécurité ?
L'accès à l'information est un écueil qu'ils soulèvent régulièrement. Les conducteurs attendent des outils plus efficaces et disponibles que l'actuelle notice du fabricant. Tous nous assurent qu'elle n'est jamais exploitée sur chantier, d'où la nécessité de fournir des documents plus pédagogiques, simples à appréhender, disponibles sur supports mobiles ou, mieux, sur l'écran de la machine. C'est d'autant plus important que la spécialisation croissante fait que l'on trouve de moins en moins de déterminants communs entre les machines.
 
Outre la connaissance fine d'un matériel, la formation à sa conduite n'est-elle pas un enjeu décisif avec l'émergence des nouvelles technologies ?
Aujourd'hui, l'offre de formation continue est insuffisante pour suivre le rythme de développement des engins. Au sein de l'OPPBTP, nous croyons que l'e-learning peut-être une partie de la solution pour les conducteurs, mais aussi pour les techniciens de maintenance. L'automobile a su progressivement s'organiser quand l'électronique embarquée s'est invitée dans les voitures. Nous devons en faire autant et certains s'y emploient. Je pense à une entreprise de rabotage qui a mis en place un simulateur particulièrement bien développé. Il permet la prise en main et la conduite en sécurité bien sûr, mais permet il rend également possible le passage d'un modèle à un autre pour les exploiter dans les environnements extrêmes. Au-delà de l'outil, la politique d'entreprise qui l'accompagne est à signaler. Il est utilisé pour sélectionner à l'embauche et former les équipes. Personne n'a l'autorisation d'utiliser un matériel sans satisfaire à une série de critères en simulateur. C'est une preuve supplémentaire que le secteur est capable d'apporter des solutions.
 
Propos recueillis par Jérémy Bellanger