Les pelles prêtes à suivre le guide

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Avec seulement un quart du parc équipé en solutions de guidage, le marché de l’excavatrice est devenu le terrain de jeu des spécialistes en la matière.

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Les pelles prêtes à suivre le guide © Topcon
Si le guidage d’engins a fait son apparition en France dans les ­années 2000, il aura fallu du temps aux fournisseurs pour convaincre les entreprises de ­travaux publics, ­matériel par matériel, des ­niveleuses aux bouteurs, et le voir se déve­lopper ­aujourd’hui sur les pelles hydrauliques. Au départ, ces systèmes n’étaient en effet que ­rarement ­installés sur les engins. A contrario, le marché américain était, lui, déjà largement converti. « Pour l’anecdote, en 2002, j’avais rencontré un entrepreneur américain qui possédait déjà près de vingt bulls équipés en 3D alors qu’en Europe, nous n’en étions encore qu’au stade de la découverte », se souvient Didier Colin directeur des ventes et de la ­distribution (zone EAME & Inde) pour la division ­Civil Construction Field Systems & ­Marine de Trimble. Malgré ce démarrage difficile, la montée en puissance de ces solutions ne s’est pas démentie ces vingt dernières années. Aujourd’hui, un matériel sur quatre évoluant en France est équipé d’un système de guidage. En 2017, l’arri­vée de nouvelles générations de ­solutions en seconde monte aura même ­donné le top départ d’une croissance de 108 % sur un peu plus de trois ans. Résultat : 100 % des niveleuses et 50 % des bouteurs bénéficient actuellement de guidage 3D. Star des ventes, la pelle a été le dernier matériel à franchir le pas. Pour l’heure, seules 23 % d’entre elles sont guidées en 3D, mais la tendance est à la croissance. « Nous vendons de plus en plus de systèmes sur excavatrices et ce segment représente pour nous un potentiel de croissance important. Dans les cinq?ans à venir, il est même possible que le marché se situe entre 50 et 60 % », commente Philippe Chazeaux, responsable des ventes chez Topcon. Avec 3 680 excavatrices, sur pneus ou sur chenilles, d’un tonnage supérieur à 11/12 t, vendues en 2021 (source Seimat), le jeu en vaut clairement la chandelle. L’engouement pour le guidage est aussi en partie alimenté par la multiplication des partenariats constructeurs et fournisseurs de solutions offrant d’intégrer d’usine les systèmes sur les machines. Dernier rapprochement en date : Leica et Hitachi pour les pelles Zaxis-7 (Lire p. 13).
D’autre part, si ces systèmes progressent à mesure que le chantier connecté gagne du terrain, ils s’intègrent dans une solution plus globale pour offrir, outre un gain de précision lors des travaux d’excavation (fonction principale du guidage), plus de fonctionnalités aux pelles. « Dès 2017, nous avons évolué de systèmes uniquement axés sur la seule production machine à une plateforme orientée vers l’optimisation de toutes les phases du chantier autorisant la gestion analytique des projets », précise Didier Colin.
 

Des perspectives nouvelles

 
Concrètement, les fournisseurs consacrent désormais leurs efforts dans le développement d’outils, accessibles depuis une même interface logicielle, qui répondent à d’autres paramètres du chantier : la sécurité, le taux d’utilisation des engins, l’optimisation des consommations… En plus du guidage, les utilisateurs peuvent ainsi bénéficier d’application de pesage pour optimiser le transport des déblais, charger à distance des projets depuis la cabine, ajouter des systèmes de sécurité (alertes anticollision…) et suivre en temps réel les données de leurs matériels pour ­surveiller notamment les consommations. Par ailleurs, le contexte sanitaire a favo­risé le développement de nouveaux services. « Depuis fin 2021, nous proposons d’équiper la pelle d’une caméra afin de permettre au conducteur de travaux qui ne serait pas sur le chantier de visualiser une problématique rencontrée par l’opérateur sur le terrain », explique Olivier Jourdan, responsable des ventes Building/Heavy construction & réseau distribution chez Leica Geosystems. 
Les fournisseurs le savent, leur avenir repose aussi sur la diversité des matériels qu’ils équipent et l’innovation qu’ils apportent. Certains d’entre eux s’apprêtent à guider des compacteurs, des ­foreuses, des finisseurs à béton, des ­raboteuses et encore des minipelles. Tandis que les gros projets de développement pour demain s’orientent clairement vers une plus grande autonomie des engins. Après avoir travaillé à l’automatisation de ces derniers, l’intelligence artificielle qui y est aujourd’hui intégrée constitue l’étape intermédiaire vers la machine autonome.
 

Charlotte Divet