Suivez-nous Suivre Le Moniteur Matériels sur facebook Suivre Le Moniteur Matériels sur Linked In Suivre Le Moniteur Matériels sur twitter RSS Moniteur Matériels
Menu Recherche

Les engins connectés prennent le pouvoir

| Décryptage |

L'Internet des objets et le big data révolutionnent le secteur. Mais les gains économiques dépendent surtout de la capacité des entreprises à analyser les données.

Les sites web parasites sanctionnés !
La start-up Hiboo propose une analyse en temps réel du parc de machines mobilisées sur le chantier. © Hiboo
Dans les travaux publics, l'informatique embarquée ne date pas d'hier. Equipés de boîtiers reliés à de multiples capteurs, tombereaux et excavatrices sont en mesure de fournir – avec plus ou moins de précision – de nombreux paramètres : consommation de carburant, géolocalisation des machines, périodes d'utilisation, taux de ralenti, codes erreurs...
 
Depuis quelques mois néanmoins, une nouvelle approche se dessine. Elle est motivée par les progrès technologiques et l'intérêt renouvelé des professionnels, qu'ils soient constructeurs, exploitants ou loueurs, pour une meilleure utilisation des données toujours plus nombreuses que l'Internet des objets leur permet désormais de récupérer. Il faut dire que les marges de productivité sont faibles, et que les moyens de les améliorer se comptent sur les doigts d'une main. Dans ce contexte, le big data est devenu un nouvel eldorado. Seulement voilà, comment organiser la profusion ? Déjà qu'avec les solutions actuelles, peu d'entreprises y parviennent...

L'émergence des data scientists

Cofondateur de Hiboo, une start-up spécialisée dans la digitalisation d'actifs industriels (véhicules, engins, outils, matériels...), Clément Bénard ne dit pas le contraire : "Grâce à la technologie, il est parfaitement possible d'améliorer le taux d'usage, de gagner un temps considérable lors des inventaires ou encore d'automatiser avec précision les plannings de maintenance. Mais encore faut-il avoir les ressources humaines, et le temps pour les organiser et pour trier les informations dont on a besoin ; puis celui de restituer ces données sur une plateforme ergonomique et suffisamment intuitive pour que tous les services puissent la consulter."
 
Les logiciels de pilotage des indicateurs développés par la société Tableau Software offrent aussi ce type de prestations à travers des présentations sous forme de graphiques et des filtres qui permettent d'aller de vues générales à des extractions beaucoup plus fines. Exit le bon vieux tableau Excel !
 
Manipuler des données et les exploiter ne revient ainsi plus forcément à la DSI. Chez Manitou, un nouveau département baptisé "data lab" a ainsi été créé. Charge aux équipes qui y travaillent de faire le pont entre la DSI et les métiers. Cloud, big data, outils spécialisés dans l'extraction de la donnée... Les data scientists font partie de ces nouveaux métiers sur lesquels il faudra de plus en plus compter.
 
Philippe Haguenauer, directeur commercial chez Komatsu France, est bien placé pour savoir que ce mouvement est inéluctable : "Lorsqu'on dispose d'un parc de mille machines, on ne peut pas passer son temps à se connecter. C'est pourquoi, cette année, nous lancerons un nouveau service pour que nos clients reçoivent automatiquement et au rythme qu'ils souhaitent les données commandées."

L'exploitation monitorée en temps réel

La réactivité, voilà l'autre élément déterminant. Pour un loueur tel que Locamod, cela fait même partie des priorités. "Si un client nous dit qu'il n'a pas pu utiliser un matériel parce qu'il pleuvait et que nos rapports informatiques nous indiquent le contraire, il lui sera difficile de contester la facture...", témoigne Dominique Citerin, directeur technique.
 
Pour d'autres entreprises, ce n'est pas tant la fréquence des envois que leur capacité à les analyser qui est le plus important. "Prenons l'exemple du temps de ralenti", propose ainsi Cédric Merle, chargé des interfaces de programmation (API) chez Valérian, une filiale du groupe Spie. "Quand 40% de nos pelles ont tendance à trop laisser tourner le moteur, ce n'est bon ni pour la mécanique, ni côté carburant. Là où ça devient plus pertinent, c'est lorsqu'on croise les informations. Si une machine intervient sur de la VRD, pour de la pose de buses par exemple, cette situation est alors normale. Ce qui est plus intéressant, c'est au moment de la sélection des machines : je sais que j'aurai alors tout intérêt à en privilégier une sans filtre à particules, pour que celui-ci ne se colmate pas."
 
Voilà aussi pourquoi la donnée brute, même livrée clés en main, ne suffit pas. La vraie valeur ajoutée n'est plus là, il va falloir s'y habituer. Certains, à l'instar de Cédric Merle, voient déjà plus loin. Car après tout, comme il le suggère, il est possible que demain ce ne sera plus aux exploitants de payer la donnée mais... aux constructeurs ! "Grâce à l'historique, je pourrais très bien expliquer à la marque X ou Y que, sur telle génération de machines, les pompes d'AdBlue posent problème." Un pavé dans la mare ? Au fond, sur Internet, les e-commerçants ne font pas autre chose lorsqu'ils revendent leurs bases de données clients à des agences de publicité, à des marques ou à leurs fournisseurs...
 
> L'ensemble de ce dossier "Exploiter" est à lire dans le n°6087 du Moniteur Matériels, daté du 5 juin 2020, pages 45 à 48.

Hakim Bendaoud