La guerre en Ukraine peut-elle impacter la production des matériels de TP ?

| Analyse |

Les sanctions prises par l’Union européenne à l’encontre de la Russie ont déjà commencé à impacter l’importation de certaines matières premières vers l’Europe, notamment l’acier. Utilisé dans la fabrication des engins, ce dernier pourrait-il venir à manquer aux constructeurs ? 

Les sites web parasites sanctionnés !
La guerre en Ukraine peut-elle impacter la production des matériels de TP ? © AdobeStock

Ce mercredi 2 mars, le groupe sidérurgiste russe Severstal a annoncé l’arrêt de ses livraisons d’acier vers l’Europe, représentant environ 2,5 millions de tonnes exportées par an. Cette décision est une réponse aux sanctions prises par l’Union européenne à l’encontre d’Alexei Mordachov, principal actionnaire du groupe également inscrit sur la liste noire des personnalités considérées comme proches du président russe. Quelques jours plus tôt, ArcelorMittal, premier producteur d’acier en France a déclaré réduire « au minimum technique » les activités de son usine ukrainienne et de cesser la production au sein de ses mines souterraines de minerai de fer. Faut-il alors commencer à s’inquiéter ?
Du godet à la pelle, en passant par les grues, l’acier est indispensable à la fabrication des engins de chantier. Cependant, les adhérents du Seimat n’ont à ce jour pas exprimé de craintes ou de difficultés pour s’approvisionner et ne se sont pas non plus prononcés sur une nouvelle répercussion au niveau des prix de l’acier, qui ont déjà ces derniers mois fortement augmenté.

Environ 7 % d’acier produits en Europe

Il faut dire qu’en tant que fabricants mondiaux, les adhérents du Seimat se fournissent en acier depuis plusieurs pays. Sans compter que les parts mondiales d’acier produites en Russie et en Ukraine ne sont pas si importantes. D’après les statistiques de la World Steel Association (organisme commercial international de l'industrie sidérurgique, NDLR), rapportées par A3M*, la Russie assure environ 4 % de la production mondiale d’acier, l’Ukraine 1% et l’Europe entre 7 et 8 %. « S’il est un peu tôt pour analyser l’impact de la guerre sur la consommation européenne et française d’acier, il faut garder en tête que 20 % des importations d’acier en Europe proviennent de Russie et d’Ukraine. Et, que finalement elles s’élèvent approximativement au même niveau que les importations d’acier provenant de Turquie (21 %) », précise Bruno Jacquemin, délégué général d’A3M.

 

En d’autres termes, l’Europe est loin d’être dépendante de la Russie pour son approvisionnement en acier. De plus, si les acteurs européens de la sidérurgie (ArcelorMittal, Voestalpine, etc.) sont implantés en Ukraine et en Russie, ils comptent d’autres sites installés sur le territoire européen. Quant à la France, 8e pays importateur d’acier au monde (source, World Steel Association), elle consomme environ ce qu’elle produit annuellement soit l’équivalent de 14 millions de tonnes d’acier.

Des conséquences sur d’autres métaux

« Sur la production d’acier carbone, on peut penser que l’Europe saura, par d’autres moyens, faire face en cas de rupture des 20 % d’importations assurées par la Russie et l’Ukraine. En revanche, il ne faut pas, à mon avis, sous-estimer l’impact que pourrait avoir le conflit sur les sujets des ferro-alliages et des intrants. Même si toute la difficulté, à ce stade, est d’identifier réellement les possibles conséquences sur les chaînes de valeur industrielles  », prévient Bruno Jacquemin.

 

Pour renforcer certaines propriétés chimiques de l’acier, certains métaux tels que le palladium, le vanadium, le platine, le ferrosilicium ou le nickel (les deux derniers servant à fabriquer l’acier inoxydable) sont en effet utilisés par les constructeurs. Et, sur ce volet, les poids de la Russie et de l’Ukraine sont plus conséquents. La Russie assure par exemple plus de 40 % de la production mondiale de palladium, matériau qui est employé dans les pots catalytiques des véhicules à essence, l’électronique embarquée et même dans les piles à combustible car il a la capacité de capter l’hydrogène. L’Europe importe également depuis l’Ukraine près de 30 % de ferrosilicium, entrant notamment dans la composition des batteries lithium-ion.

Un frein à l’innovation

Avec les enjeux de la transition numérique et écologique, les constructeurs de matériels de TP sont de plus en plus nombreux à investir les sujets des énergies alternatives et des nouvelles technologies. Or, les matières premières critiques, servant entre autres au développement des batteries lithium-ion, des piles à combustibles et des solutions robotiques, sont donc essentielles à l’innovation.  Ainsi, des difficultés d'approvisionnement de certains métaux pourraient directement freiner l'avancée technologique. 

« La guerre en Ukraine nous montre encore plus la fragilité et le retard de l’Europe à sécuriser l’approvisionnement en métaux ainsi que l’urgence de mettre en place les outils de résilience évoqués par Philippe Varin dans son rapport », commente le délégué général d’A3M. Pour information, l’ancien président de France Industrie Philippe Varin, a remis au gouvernement en janvier dernier, un rapport sur la sécurisation de l’approvisionnement de l’industrie en matière premières minérales.

 

*  A3M est l’alliance des Minerais, Minéraux et Métaux qui rassemble les entreprises de l'extraction, de la production, de la transformation et du recyclage des métaux et minéraux industriels.

 

Charlotte Divet