La gestion déléguée, vue de l'esprit ou vision d'avenir ?

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Le recours à la location longue durée pour tout ou partie d'un parc séduit de plus en plus d'entreprises. Analyse d'un modèle en pleine expansion.

 

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Le groupe Poisson propose de plus en plus de matériels en longue durée. © Groupe Poisson

Certains loueurs avancent progressivement leurs pions avec une nouvelle proposition : permettre aux clients de se concentrer sur leurs travaux, tandis qu'eux mettent à leur disposition une flotte complète d'engins entretenue par leurs soins. Dans cette offre, les machines restent donc dans l'entreprise durant de longues périodes et sont prises en charge directement par les équipes du loueur. Cette formule d'externalisation du parc de matériels est celle proposée par Bergerat Rent. Le pôle location de Bergerat Monnoyeur possède aujourd’hui plus de 1 000 machines disponibles en contrat longue durée. Et ce n’est qu’un début puisqu'il compte proposer 2 000 engins à l’horizon 2025, moyennant 200 millions d’euros d'investissements. Lorsque le loueur s'est lancé en 2015, son offre s’apparentait clairement à du leasing. Mais, avec le recentrage de son positionnement sur des machines allant au-delà des 20 t, il a revu sa copie. « Le métier de nos clients, c’est de gérer une carrière, un site de décharge, un centre d’enfouissement, et non pas une flotte de machines, affirme Florent Mages, directeur activité fleet management de ­Bergerat Rent. C'est pourquoi nous ne parlons plus de leasing, mais d’externalisation de gestion de flotte. Il ne s’agit plus seulement de proposer une machine, mais d’accompagner le client avec des services comme le conseil sur la gestion des taux de ralenti grâce à la télématique embarquée, la décarbonation de l’activité, ou encore la sécurité au travail des opérateurs. 

Le loueur devient un bureau d’études externe

Actuellement, Bergerat Rent parvient à placer 15 % d’engins en contrat longue durée et souhaite, d'ici à 2025, passer à 30 % . Pour y parvenir, il vise notamment des clients d’envergure régionale évoluant dans le recyclage et la valorisation des déchets industriels qui ont des besoins en pelles de manutention de fort tonnage. Un secteur où les entreprises ont un service de matériels souvent ­modeste. « Dans les structures moyennes, le souhait de passer au 100 % location prend de l’importance, poursuit Florent Mages. Cette tendance est en phase avec le mouvement engagé il y a vingt?ans avec le chariot élévateur, le poids lourd, et enfin les voitures d’entreprise, dont la gestion a été externalisée. » Un point de vue que partage le groupe Poisson, dont le pôle location représente déjà un tiers de l’activité, au travers, entre autres, de ses entités Terre-net et Morel. À l’instar de Bergerat Rent, son parc comprend du matériel pesant au-delà de 20 t, tel que des chargeuses sur chenilles, des pelles industrielles sur pneus, ou des compacteurs à déchets. « Nous fonctionnons comme un bureau d’études externe dans le secteur du BTP, souligne ­Olivier ­Lechevallier, directeur commercial du pôle location du groupe Poisson. Nous nous démarquons des loueurs traditionnels avec des machines spécifiques pour lesquelles nous avons la capacité de faire valoir notre connaissance métier. Les clients recherchent le côté guichet unique, conciergerie, où ils vont être en mesure d’avoir une expertise métier et une solution adaptée qui va de la simple location d’engins jusqu’à la prestation industrielle complète. »

Limiter les investissements hasardeux

Se présentant davantage comme un porteur de solutions que comme un simple loueur de machines, Poisson entend apporter une réponse à la baisse de compétences sur la question des matériels au sein des entreprises. « Le principe n’est plus de louer engin par engin, mais de fournir une flotte complète, note Olivier ­Poisson, directeur général du groupe. Nous faisons office de directeurs matériel pour les entreprises qui cherchent à externaliser entièrement leur parc pour aller vers un paiement à l’usage. » Une formule qui attire les petits acteurs de l’environnement, mais aussi les gestionnaires des carrières. C’est le cas du groupe NGE. Détenteur en propre d’un parc de 15 000 équipements, l’entreprise concède qu’elle songe actuellement à des formules de location longue durée pour des machines et des segments d’activité particuliers, notamment pour l’extraction de granulats. Si actuellement NGE loue 90 % de ses machines de moins de 8 t et entre 15 et 25 % de celles de plus de 15?t, elle ne le fait pas encore en longue durée. « Nous réfléchissons à de la location se poursuivant après les chantiers, sur des périodes longues, afin de limiter notre investissement et d'avoir la garantie de l’entretien des machines, précise Thierry Robert, directeur matériel du groupe NGE. Sur des chantiers pérennes comme dans les carrières, cette formule est recevable, car elle permet de s’engager sur une vision de production avec un paiement de la machine à la tonne produite. » Mais, pour Thierry ­Robert, externaliser son parc à un autre intérêt. « L’évolution technologique, au regard notamment des émissions de CO2, nous demande d’être prudents pour ne pas acquérir aujourd’hui des machines qui très vite pourront devenir obsolètes, note-t-il. S’engager sur des locations longues peut être une solution pour lever les incertitudes. »

 

Steve Carpentier