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L'automatisation avec un temps d'avance

| Dossier |

La machine autonome se profile. Pour se déployer, elle devra, demain, trouver sa place dans le cadre réglementaire et contractuel, ainsi que dans l'organisation des chantiers.

Les sites web parasites sanctionnés !
Conçu par Bomag, le Robomag est le premier prototype de rouleau tandem autonome. © Arnault Disdero / Le Moniteur Matériels
Un chantier où tous les matériels seraient autonomes et fonctionneraient de concert grâce à l'intelligence artificielle. Plus encore que pour le marché de la voiture sans chauffeur, cette perspective peut sembler lointaine, même lorsqu'un groupe comme Doosan Infracore annonce la commercialisation, dès 2025, à travers son projet baptisé Concept-X, d'une gamme d'engins de construction capables de fonctionner sans intervention humaine, il y a de quoi être surpris.
 
Les ingénieurs du groupe coréen ne sont pourtant pas les seuls à plancher sur le sujet ; nombreux sont les constructeurs qui multiplient les démonstrations. En 2017 déjà, Volvo CE présentait son concept de tombereau autonome électrique HX02. Plus récemment, la start-up californienne Built Robotics dévoilait des solutions logicielles permettant à la plupart des engins de chantier de se passer d'opérateurs, grâce à la combinaison de plusieurs technologies : GPS, caméras, lidar, etc. Il y a peu, c'est Honda qui faisait la démonstration d'un véhicule tout terrain parfaitement autonome, ressemblant à une plateforme sur laquelle viennent se greffer une benne ou le bras d'une pelle. Et que dire de ces excavatrices pilotables à distance, à partir d'un simple smartphone ?

Un cadre réglementaire à définir

Si la voiture autonome est encore à l'état de prototype, les conducteurs bénéficient déjà de certaines technologies d'aide à la conduite : caméras et alerte de recul, correction de trajectoire, etc. Sans oublier les systèmes de maintenance prédictive. Les travaux publics suivent le même rythme en matière d'innovation. Et ce sont les questions liées à la sécurité qui préoccupent le plus : capteurs de distance, caméras embarquées, détecteurs de présence… "Il y a trente ou quarante ans, c'étaient les normes qui faisaient avancer les constructeurs. Aujourd'hui, c'est l'inverse !", note Frank Védrines, directeur marketing de Bomag (groupe Fayat). 
 
Au point que les concepts d'ores et déjà développés ont pris une grande avance sur les cadres normatifs et contractuels. Pourtant, sans eux, pas d'avenir possible. "L'automatisation en fait fantasmer beaucoup, mais on ne peut pas l'envisager sans tenir compte de la réglementation", abonde Alexandre Gest, directeur des ventes de Hamm France (groupe Wirgten). "En cas d'accident, qui est responsable : le constructeur ou l'utilisateur ? Et à qui la faute en cas de retard ou de malfaçon sur le rendu de chantier ?"

Déjà une réalité sur les sites fermés

Ces problématiques résolues, le développement des engins autonomes ou très automatisés devrait d'abord concerner les sites fermés, comme sur les réseaux ferrés de France, avec les trains-usines ou dans les profondeurs du sous-sol parisien, avec les tunneliers. Pour preuve, en novembre 2019, l'A-TBM développé par MMC Gamuda remportait ainsi le prix de l'innovation technique des équipements de l'année. L'International Tunnelling and Underground Space Association (ITA) entendait ainsi récompenser "le premier système automatisé au monde comprenant des algorithmes personnalisés de contrôle, grâce à l'intelligence artificielle".
 
D'autres secteurs ont également franchi le pas. Comme le rappelle David Barth, directeur commercial et marketing de Volvo CE France, "dans les entrepôts logistiques, des chariots autonomes travaillent déjà depuis plusieurs années à côté d'opérateurs, sans que cela pose des problèmes réglementaires ou de sécurité". En revanche, dans la construction et sur des sites plus ouverts, le déploiement de l'automatisation sera sans doute plus long. Néanmoins, à mesure que la technologie progresse et qu'elle se démocratise, tous s'attendent à ce que le coût de ces équipements baisse et que la réglementation s'assouplisse.

L'opérateur se métamorphose en surveillant

Pour Benoît Chalet, chargé de l'export chez le constructeur Acmar, certaines évolutions sont mêmes inéluctables : "Demain, derrière le volant, ce ne sera pas un simple opérateur que l'on aura, mais un conducteur de travaux, une sorte de surveillant général." Les métiers évoluent. Et les profils recherchés avec. Dans un marché de l'emploi qui reste tendu, les nouvelles technologies pourraient même aider le BTP à susciter des vocations. "Nous ne sommes plus de simples fabricants de matériels en acier. Aujourd'hui, dans nos bureaux et lors des réunions, on parle aussi bien d'hydraulique que de BIM ou de transmission de données", rappelle Alexandre Gest.
 
Chez le Suédois Volvo CE, on est même allé jusqu'à créer une entité indépendante composée d'ingénieurs informaticiens et de spécialistes de la data. Et, pour développer son nouveau concept de chantiers autonomes, Doosan Infracor a, quant à lui, préféré nouer des partenariats avec treize entreprises externes, des universités et des start-up, conscient que certaines technologies lui échappaient et que sans ce type de coopération, ses objectifs de mise sur le marché ne seraient jamais remplis à temps. 2025, ce n'est jamais que dans cinq ans. Autant dire demain.

Hakim Bendaoud