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Jean-Claude Fayat : "Il faut dépasser les prés carrés"

Interview |

Elu président du Cisma en janvier dernier, Jean-Claude Fayat livre sa feuille de route pour les 4 années à venir. Un mandat qu’il compte placer sous le signe de l’union et des relations internationales. 

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Jean-Claude Fayat, PDG du groupe Fayat et président du Cisma. © Rodolphe Escher

Pourquoi avoir décidé de prendre la présidence du Cisma ?

Après 30 années passées au cœur du marché des matériels de construction et de manutention, j’avais l’envie d’apporter ma pierre à l’édifice commun. Mon parcours professionnel et mes engagements, sur les sujets internationaux notamment, sont là pour démontrer que je n’ai jamais été un « homme de chapelle ». Il n’est pas question de tirer un quelconque bénéfice de cette nouvelle position pour mon entreprise*, mais de contribuer à mobiliser les différents métiers qui composent notre profession et qui partagent de nombreux défis communs.

 

Quels sont ces principaux défis que la profession doit relever ?

En France, on a trop souvent tendance à percevoir le marché comme une addition de pré carrés immuables qu’il s’agit de défendre. Or, cette vision nous limite à une lecture concurrentielle et ferme la porte à des approches plus collectives, comme savent d’ailleurs le faire certains de nos voisins. Il nous faut aujourd’hui parvenir à dépasser cela pour porter un discours cohérent et homogène auprès de nos grands interlocuteurs nationaux que sont les fédérations de clients [ndlr : FNTP et FFB en tête], mais aussi des instances gouvernementales et européennes.

 

Comment comptez-vous impliquer le tissu de PME et ETI ?

Aujourd’hui, le Cisma compte déjà 200 PME et ETI. Ce n’est pas négligeable ! L’implication de toutes ces structures dans le processus de décision suppose une communication efficace à destination de nos adhérents, mais aussi l’organisation de rencontres sur l’ensemble du territoire. On ne peut se satisfaire d’une approche centralisée, où tout se déroulerait dans la capitale. Dans le même temps, nous devons continuer d’apporter une plus-value qui justifie la cotisation de nos adhérents, en fournissant des informations sur l’évolution de la réglementation, sur le marché et en assurant un dialogue constant et constructif avec notre écosystème.

 

Faire porter votre voix au-delà des frontières est-il également un enjeu ?

C’est même déterminant. Notre fédération représente un chiffre d’affaires cumulé de 8 milliards d’euros : 3 issus du BTP, 4 de la manutention et 1 de la métallurgie, dont 65 % sont le fruit d’activités à l’export. Notre dynamique à l’international est donc cruciale pour nos entreprises et pour l’économie de notre pays en général. C’est pourquoi j’espère parvenir à développer nos relations à l’étranger et notamment avec nos homologues allemands du VDMA. Nous sommes les deux principaux syndicats en Europe et il nous faut aujourd’hui créer de nouvelles passerelles entre nos organisations. Je connais très bien le marché allemand et ce syndicat pour en être membre au travers de Bomag [ndlr : filiale de matériels de travaux routiers du groupe Fayat]. Cette position peut constituer un atout, même si l’œuvre reste avant tout collective.

 

La reprise de la construction en France peut-elle servir vos objectifs ?

Il y a effectivement une dynamique qui se met en place, même si elle est davantage mondiale que française. Sur notre marché domestique, cette reprise reste assez hétérogène. On constate par exemple que la manutention est en très forte croissance, ce qui n’est pas le cas des travaux routiers ou du terrassement. C’est à l’image de notre économie nationale, où le bâtiment repart, tandis que les TP s’appuient principalement sur le génie civil et les tunnels du Grand Paris.  

 

Regrettez-vous l’abandon du suramortissement ?

Il est vrai que cette mesure a eu  un impact positif sur plusieurs activités. D’une façon générale, préférer des solutions incitatives plutôt que des systèmes de subventions me paraît pertinent. C’est une logique qui a prouvé son efficacité au travers du crédit d’impôt recherche, par exemple. Donner une facilité fiscale à ceux qui veulent investir pour porter des projets a un effet d’accélérateur sur l’activité. C’est une bonne philosophie et je pense que l’on gagnerait à imaginer d’autres dispositifs de ce genre.

 

Quels éléments pourraient venir enrayer la reprise qui se dessine ?

Qu’on le veuille ou non, nous sommes dépendants de notre environnement. Or, la perspective du Brexit soulève des inquiétudes. Nos élections présidentielles en France et demain en Allemagne peuvent également influer sur la dynamique de marché. Et de l’autre côté de l’Atlantique, l’élection de Donald Trump reste encore difficile à lire. A la fois il y a cette annonce d’un investissement de 1 000 milliards dans les infrastructures et simultanément la volonté de taxer l’importation. Si l’on ajoute au tableau la bulle en Chine ou celle qui semble se créer en Espagne, les incertitudes ne manquent pas. Raison de plus pour consolider nos échanges internationaux afin de prévenir au mieux ces cycles et préserver nos niveaux d’exportations. 

 

Dans ce marché évolutif et hétérogène, comment doit évoluer le matériel ?

Nous le sentons depuis longtemps, et le dernier salon Conexpo aux Etats-Unis l’a bien rappelé, la connectivité entre les machines sera déterminante. Evidemment, tous les pays du monde ne sont pas encore demandeurs, mais on sent une tendance de fond. Une autre grande tendance consiste à insister davantage sur le confort de l’utilisateur. D’un point de vue plus industriel, les constructeurs doivent produire des matériels adaptés à des marchés aux besoins radicalement différents. Il faut être capable de proposer des engins très techniques où la demande l’exige, mais aussi des matériels plus simplifiés, voire des matériels adaptés aux marchés à moindre exigence normative. Tout l’enjeu est de satisfaire cette variété de demande via des plateformes de production adaptées pour ne pas faire exploser les coûts de fabrication.

 

*Jean-Claude Fayat est le président du groupe Fayat

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