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François Renault (Kiloutou) : "Notre parc augmentera malgré la crise"

Interview |

Le directeur matériel du géant français de la location d'engins de chantier détaille en exclusivité au Moniteur Matériels sa politique d'achats pour les mois à venir.

Les sites web parasites sanctionnés !
François Renault au centre d'essai de Kiloutou à Lesquin (Nord). © Bruno Levy / Le Moniteur Matériels

La crise sanitaire est porteuse d'incertitudes économiques pour ces prochains mois. Comment cela se traduit-il chez Kiloutou ?

Les zones d'incertitudes, déjà présentes car on s'attendait à un tassement de l'activité globale en 2020, ont effectivement été renforcées. En réalité, il s'agit des niveaux de marchés où les marges d'imprévisibilité sont plus fortes. C'est le cas sur toute la chaîne, du client final - BTP, industries, services - jusqu'aux loueurs, donc cela remonte également aux fabricants fournisseurs. Cela complique les volontés d'investissements.
 

Dans ces conditions, le parc de Kiloutou continuera-t-il à se développer ?

Notre stock de machines a cru de quelque 6% l'an passé. Il continuera de grandir en 2020, même s'il est vrai que nous allons calmer le jeu par rapport à ce qui était prévu. Globalement, nous prévoyons une augmentation de près de 2% sur l'année malgré le contexte compliqué. Nous faisons preuve de prudence et de pragmatisme, mais toute décision est négociée avec nos partenaires fournisseurs. Les volumes ne seront pas record cette année. Nous allons cependant continuer à prospérer. Le parc n'a jamais été aussi jeune ; on ne va pas le laisser vieillir pour autant.
 

En quoi consiste votre stratégie ?

Nous continuons sur deux axes majeurs, qui restent inchangés malgré les conditions actuelles : la disponibilité et la qualité de notre parc. Malgré les incertitudes, nous serons au rendez-vous pour nos clients, pour les chantiers actuels et futurs, avec le même niveau de qualité de l'offre en tenant compte des protocoles sanitaires. Au niveau qualitatif, nous suivons notre trajectoire. Le passage au Stage V [ou Phase V, NDLR] n'est pas remis en cause. Il en va de même pour les énergies alternatives : électrique, gaz, hybride, etc. Le socle historique sur la sécurité et notre implication dans la télématique restent, eux aussi, d'actualité. Il n'y a que sur les volumes que le coup de frein sera, momentanément, actionné. Il n'y aura pas d'arbitrage sur la qualité des investissements !
 
 

"La crise n'y change rien : nous nous procurerons les meilleurs matériels"

 

Sur quels matériels en particulier avez-vous récemment investi ?

Nous renforçons le parc en chargeuses articulées, en pelles de 1,7 tonne (10 unités), en dumpers girabennes électriques de 1,5 tonne (4 unités)… Des négociations sont en cours pour des chargeuses et des pelles 2,5 t Volvo, des pelles 2 t JCB, des pelles 1 t Bobcat, etc. Nous gardons un large panel de fournisseurs, la crise n'a rien changé là-dessus : nous nous procurerons les meilleurs matériels. Pour en être certains, notre centre d'essai continue de son côté à challenger les machines.
 

Comptez-vous poursuivre l'électrification de vos engins ?

Nous souhaitons rester un influenceur de tendances sur le marché. L'électrique, qui est la figure de proue de la réforme énergétique, est un axe majeur chez nous. Il y aura de la création de valeur pour toute la chaîne à travers cette énergie. Nous continuerons à être pionniers et prescripteurs en la matière. Aujourd'hui, la transition vers les batteries se fait sur le petit tonnage ; nous voulons pousser le curseur vers le moyen tonnage : pelles de 5 tonnes, chargeuses de 800 litres, chariots télescopiques, etc. Nous travaillons sur un cahier des charges pour les constructeurs sur ce segment, car la demande se fera de plus en plus pressante en provenance des donneurs d'ordres : maître d'ouvrages et maîtres d'œuvre. Ce travail, en collaboration avec nos clients, sera terminé d'ici la fin de l'année.
 

Qu'en est-il de la télématique ?

Nous continuons à investir en masse dans ce type de solutions. Les datas permettent de vérifier les données d'utilisation réelle des matériels. Avec ces informations, nous sommes par exemple à même d'objectiver nos cahiers des charges pour que les possibilités technologiques de l'électrique et ses contraintes soient compatibles avec les besoins du chantier. La crise a été un accélérateur intéressant là-dessus. Il a été possible d'utiliser les datas pour monitorer le redémarrage de l'activité et partager ces données avec nos clients. Le potentiel de la télématique est immense.
 
 

"Nous nous voyons contraints de rediriger certains investissements"

 

Sur quels matériels se portent vos investissements en matière de sécurité ?

La coactivité sur les chantiers reste dangereuse. Il s'agit de continuer à proposer une approche qualitative en matière de sécurité. Le choix des matériels et de leurs configurations est important pour nous comme pour nos clients. En choisissant les machines les plus sûres, nous continuons de pousser les processus d'innovation des industriels pour préparer le futur. Pour donner un exemple, nos achats de dumpers girabenne 6 tonnes et 9 tonnes se font désormais en totalité sur des postes réversibles, pour diminuer le risque de collision. Nous ne reviendrons pas en arrière.
 

De nouveaux types de matériels émergent-ils, en raison de la Covid-19 ?

Certains matériels de nettoyage pourraient faire leur apparition dans nos gammes. Le nébulisateur, par exemple, qui est notamment dédié à la désinfection très rapide des volumes intérieurs comme les modules des bases vie. La pandémie de coronavirus amène aussi à revoir l'organisation des chantiers. Dans ce cadre, nous faisons face à des demandes accrues dans les familles des véhicules logistiques et de transport de personnes et sur le cantonnement de chantiers et bases vie, pour lesquelles nous sommes en cours de validation des choix pour accroître notre stock.
 

En somme, vous faites preuve d'agilité dans votre stratégie…

Effectivement, nous nous voyons contraints de rediriger certains investissements. Notre stratégie d'achats se doit d'être agile en pareilles circonstances. Le critère de coût global (TCO) était jusque-là le plus important. Ce n'est plus le cas. Les délais de livraison remontent en pondération dans les choix. Nous sommes face à une évolution transformante de l'approche. C'est un mouvement qui va s'inscrire dans le temps. L'agilité a une valeur économique, a fortiori dans les situations de crise ou d'incertitude. Je suis certain que nos partenaires ont la même lecture des enjeux sur le futur.
 

Comment accompagnez-vous vos fournisseurs ?

Nous leur fournissons de la visibilité, en les rassurant sur notre vision quant au renouvellement de notre parc. Nous garantissons un volume de stock qui reste haut. Nos partenaires se montrent eux-mêmes très agiles. Ils sont moins inquiets que ce que j'aurais imaginé. La crise de 2008 a servi d'enseignement. Ils ont travaillé sur la réduction du risque et la diversification de leur portefeuille. Ils savent aussi qu'ils peuvent tabler sur de grands donneurs d'ordres, dont les loueurs généralistes qui vont avoir besoin de gros volumes. Nous ne cherchons pas de nouveaux entrants, mais la notion de proximité est aussi un nouvel élément à prendre en compte. De façon très pragmatique, la livraison des machines et des pièces détachées est une donnée prioritaire. La réduction du risque a aussi de la valeur.
 
Propos recueillis par Arnault Disdero