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Bertrand Carret, DLR : "Les loueurs ont joué le rôle de variable d'ajustement"

Interview |

Le confinement terminé, le président de la fédération des matériels de construction et de manutention (distribution, location, maintenance) plaide pour une relance massive de l'activité en même temps qu'un meilleur équilibrage des efforts entre les loueurs et leurs clients.

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Bertrand Carret, président de la fédération DLR. © DR
Comment le secteur de la location se portait-il avant la crise ?
La location, dans son ensemble, a vécu quatre belles années, entre 2016 à 2019. L'année 2019 a d'ailleurs été celle de nombreux records : chiffre d'affaires, investissements, nombre d'actifs… Les taux de croissance, pour de nombreuses entreprises du secteur, était à deux chiffres. On était ainsi en droit de s'attendre à une année 2020 dans la continuité. D'ailleurs, bon indicateur, le temps s'était montré clément dans les premiers mois de l'année. Le premier trimestre 2020 était parti sur d'excellentes bases, malgré le contexte des élections municipales, qui voient généralement un ralentissement des travaux. Ce grand élan a été freiné sec, le Covid-19 a vraiment saisi le marché par surprise. Au mois de mars, on peut dire globalement que seuls 60% d'activité, par rapport à ce qui était attendu, a été réalisée. En avril, c'est évidemment pire : 20 à 40%. Pour le mois de mai, on peut tabler sur au moins 50%, si la reprise se fait réellement. Rien qu'avec ces trois mois en grand déficit, on sait qu'on aurait affaire à une année 2020 délicate.
 
Quels sont les problématiques auxquelles les loueurs ont dû faire face ?
La priorité, pour tous, a été la mise en sécurité des équipes et des matériels. Au moment du confinement, la majorité des machines avaient quitté les parcs des loueurs pour se retrouver sur les chantiers. Il a donc fallu organiser d'urgence leur rapatriement, ou du moins permettre leur mise en sécurité. Les clients se sont montrés de bons partenaires en la matière. Cependant, nombre d'entre eux n'ont pas toujours joué le jeu concernant les contrats de location de longue durée : nous avons noté une forte hausse des ruptures unilatérales. Dès les premiers moments de cette crise, les loueurs ont joué le rôle de variable d'ajustement pour les entreprises de travaux, au même titre que l'intérim. Les loueurs ont assumé l'ensemble des efforts, pensant que ce serait l'affaire d'une quinzaine de jours. Mais la situation a duré, et il n'est pas logique désormais que l'intégralité des efforts soit portée uniquement par les loueurs. Il s'agit de rétablir un certain équilibre car les loueurs sont souvent des PME de petite taille.
 

"Une reprise à grande échelle est nécessaire"

 
Le manque de trésorerie peut-il se révéler problématique à court terme ? 
Globalement, le secteur est capable de supporter des baisses d'activité, même fortes. Pour le moment, les loueurs n'ont pas de problème de trésorerie. Cela en raison du fait qu'ils sont généralement payés à au moins 60 jours. Cela devrait commencer à coincer à partir de fin mai, début juin. Certes, l'activité a perduré pendant le confinement. Non seulement avec les chantiers urgents, mais aussi de nombreux travaux de maintenance sur les réseaux, au moment où les Français en ont eu le plus besoin, étant donné qu'ils étaient chez eux. Mais une reprise à plus grande échelle est nécessaire. On peut craindre que sans un grand réveil de l'activité et une responsabilisation des entreprises de travaux clientes, les risques soient grands de voir les perspectives s'assombrirent pour les loueurs les plus fragiles.
 
La situation est-elle la même entre les nationaux et les régionaux ?
Vous avez raison de poser cette question. Nous avons effectivement une France à deux vitesses. Il existe ainsi de fortes disparités entre les nationaux et les régionaux, et entre les régionaux entre eux. Les acteurs régionaux, surtout lorsqu'ils comptent leurs agences dans les grandes métropoles et sur le littoral français, se portent globalement bien ; ils ont connu de forts taux de croissance ces dernières années. Les nationaux et les grands régionaux doivent, eux, équilibrer leur offre sur tout le territoire, même dans les zones les moins porteuses. Autant de raisons qui me font penser que, à l'instar d'autres secteurs, les opportunités de rachats et de réorganisation verront à nouveau jour. Les loueurs les plus fortunés reprendront de l'appétit…
 

"Le secteur bénéficie d'un modèle résilient"

 
Pensez-vous un rattrapage d'activité possible ?
Personne, à ce jour, n'est capable de dire s'il y aura du rattrapage. Les chantiers vont-ils repartir avec davantage d'équipes et de moyens ? C'est une hypothèse plausible. Déjà, les travaux ont redémarré en avril, lorsque les négoces de matériaux ont rouvert. C'était la pré-rentrée des classes, la grande rentrée ayant eu lieu le 11 mai. La reprise se fait par paliers, elle demande du temps. Souhaitons qu'elle soit durable et que nous ne vivions pas un retour en arrière.
 
La location, dans son ensemble, pourrait-elle sortir gagnante de la crise ?
Le secteur bénéficie d'un modèle résilient. En premier lieu, l'économie du partage a le vent en poupe, autant pour des raisons financières qu'en raison de son impact positif sur l'environnement. D'autre part, les loueurs ont un rôle de variable d'ajustement dans l'écosystème de la construction. C'est valable à tout moment, mais c'est particulièrement prégnant en temps de crise. En effet, les entreprises de travaux investissent moins dans leurs parcs et vont puiser chez les loueurs les machines qui leur font défaut. Ainsi, les crises économiques sourient dans un deuxième temps aux loueurs. Cela s'est constaté en 2008 et les années suivantes. Un krach peut être une belle opportunité pour le secteur. Cependant, la crise que nous traversons est sans précédent, et on ne sait pas où l'on met les pieds : c'est la première fois que le secteur se retrouve quasiment sans ressources pendant plusieurs mois. Il s'agit d'une intensité inédite. Les effets pourraient être, eux aussi, inédits. Revivre un nouveau confinement drastique ces prochains mois pourrait se révéler dramatique.
 
Propos recueillis par Arnault Disdero